
Initiées par la revue Esse, les Résidences numériques mettent en valeur la pertinence intemporelle des revues culturelles et offrent une occasion de publication aux auteur·trice·s et chercheur·euse·s de la relève. Dans ce premier billet de notre série, découvrez la démarche d’Abby Maxwell et Olivia Vidmar, deux lauréates des résidences.
Depuis 2024, la revue Esse mène les Résidences numériques, une initiative dont l’objectif est de valoriser les revues culturelles et d’éclairer leur contenu à la lumière d’enjeux actuels. Chaque année, les chercheur·euse·s sélectionné·e·s obtiennent l’accès à l’intégralité du catalogue d’Esse, ainsi qu’à toutes les revues culturelles disponibles sur notre plateforme erudit.org, afin d’alimenter des réflexions singulières et stimulantes.
Les autrices Abby Maxwell (artiste interdisciplinaire et chercheuse) et Olivia Vidmar (artiste, autrice et commissaire), qui se sont toutes deux intéressées à la thématique du posthumanisme, ont gracieusement accepté de répondre à nos questions !
Maxwell, Abby (2025). Réflexions zombies : après coup, corps en ruine. Esse. https://esse.ca/residence-numerique/reflexions-zombies-apres-coup-corps-en-ruine/
Vidmar, Olivia (2025). Privilégier la persistance non humaine. Esse. https://esse.ca/residence-numerique/privilegier-la-persistance-non-humaine/
Veuillez noter que les versions originales de ces entrevues ont été menées en anglais, et que les réponses ont été éditées pour plus de clarté et de concision.
Votre sujet d’étude découle-t-il de certains intérêts préalables, ou est-il né pendant le processus de recherche ?
Abby Maxwell (A.M.) : Le sujet que j’ai choisi m’est venu d’un livre qui m’a bouleversée l’année où j’ai effectué ma résidence numérique, It Lasts Forever and Then It’s Over d’Anne de Marcken –, qui a éveillé en moi une profonde curiosité pour cette figure du zombie et pour les préoccupations primitives qu’elle révèle. Puis, dans le cadre de mes recherches, j’ai regardé toute une série de films de zombies, anciens et récents !
Olivia Vidmar (O.V.) : Le sujet de ma recherche pour cette résidence s’est développé au fil de plusieurs années. J’avais mené des recherches sur des artistes travaillant avec des structures militaires abandonnées, d’une manière plutôt observatrice et curieuse. Cette manière de m’en remettre à des écologies « plus-qu’humaines » dans des environnements qui ne sont plus contrôlés par les humains, est une réflexion que je continue d’approfondir dans ma pratique de recherche.
« Cette résidence m’a donné le temps et l’espace nécessaires pour articuler comment cette recherche pourrait éclairer les questions qui guideraient une période plus longue d’étude et de réflexion avec les archives d’Esse et d’Érudit. »
Au cours de ma résidence, mes questions ont également évolué, et j’ai fini par sélectionner des articles couvrant un large éventail de pratiques artistiques et de supports.
Comment l’accès sans restriction à l’ensemble des articles culturels diffusés par Érudit a-t-il orienté votre processus de recherche et votre réflexion ?
A.M. : Au cours de ma résidence, le fait de travailler à partir des archives d’Érudit m’a fourni un cadre idéal pour ma recherche, dont le champ d’étude était au départ assez vaste. Cela a permis de dynamiser et d’approfondir la question de recherche, qui s’articulait autour du rôle-même des archives !
« […] le fait de travailler à partir des archives d’Érudit m’a fourni un cadre idéal pour ma recherche […] »
O.V. : Le fait de pouvoir consulter toute une série de publications en arts et sciences humaines m’a permis d’approfondir et d’élargir mes questions de recherche de manière interdisciplinaire tout au long de ma résidence. J’ai pu organiser et affiner mes recherches à l’aide de mots-clés et de termes, et j’ai ainsi pu me faire une idée de la manière dont les concepts qui m’intéressaient étaient théorisés et abordés dans différents domaines et contextes. L’accès à ces perspectives parallèles m’a été particulièrement précieux !
Comment l’équipe d’Esse vous a-t-elle soutenue durant la résidence ?
A.M. : L’équipe d’Esse m’a apporté un soutien sans faille tout au long de ma résidence, et j’ai été particulièrement ravie d’entrer en contact avec Gwynne Fulton, ancienne résidente numérique et membre du comité de rédaction d’Esse, qui a discuté de mon sujet avec moi, m’apportant son point de vue et des références utiles.
O.V. : L’équipe d’Esse m’a aidé à choisir des articles en fonction de mes questions de recherche, et elle s’est montrée extrêmement serviable et rigoureuse dans son processus éditorial. Cela m’a été indispensable pour clarifier les liens que je souhaitais mettre en évidence entre les quatre textes que j’avais sélectionnés.
Comment qualifierais-tu la pertinence des revues culturelles aujourd’hui ?
A.B. : Les revues culturelles peuvent être de véritables puits de réflexion inattendue et riche ; elles abritent des conversations qui se développent lentement et se multiplient, à la fois analytiques et créatives.
Mais je pense que leur pertinence dépend de leur accessibilité au public : les revues ne devraient pas être réservées aux étudiant·e·s universitaires et aux abonnements payants. Des projets comme Érudit sont vraiment passionnants, car ils ouvrent la voie à toute personne souhaitant s’engager et produire ses propres travaux culturels savants.
« […] elles abritent des conversations qui se développent lentement et se multiplient, à la fois analytiques et créatives. »
O.V. : En tant que chercheuse émergente dans le domaine des arts, j’apprécie particulièrement l’interdisciplinarité des revues culturelles, qui fournissent des exemples sur la manière de construire sa propre pratique.
Dans le cadre de cette résidence, j’ai surtout pu prendre conscience de l’importance cruciale des revues culturelles en tant que témoignages de la manière dont nous lisons et réagissons à un moment culturel, nous permettant de revisiter ces interprétations et de comprendre comment nos perspectives évoluent au fil du temps.
« Cela m’a fait prendre conscience de l’importance cruciale des revues culturelles en tant que témoignages de la manière dont nous lisons et réagissons à un moment culturel […] »
Qu’as-tu appris de ton expérience dans le cadre des Résidences numériques ?
A.M : J’ai vraiment compris l’intérêt de se concentrer sur un ensemble plus restreint de références lorsqu’on aborde un sujet très vaste ! Mais le plus beau cadeau que m’a offert cette résidence numérique, c’est du temps pour explorer, nouer des liens et écrire. Cette expérience s’est avérée extrêmement enrichissante pour ma pratique artistique et mes recherches en général.
« […] le plus beau cadeau que m’a offert cette résidence numérique, c’est du temps pour explorer, nouer des liens et écrire »
O.V. : Il s’agit du premier article de fond que j’ai eu l’occasion de publier, et travailler avec l’équipe éditoriale d’Esse pour peaufiner mon texte a été une expérience très enrichissante dont je tirerai parti dans mes projets futurs. Au cours de ces mois de recherche passés à consulter les archives d’Esse et d’Érudit, j’ai également découvert des artistes, des auteurs et des théories qui m’étaient inconnus, et j’ai approfondi ma connaissance de nombreux autres que j’admirais déjà.
« Le fait de pouvoir publier un texte concis qui rend compte de mon processus de recherche m’aide à constituer un portfolio reflétant les orientations que j’espère continuer à suivre dans ma carrière. »
Finalement, en tant que professionnelle de la culture devant souvent jongler entre différents contrats, pouvoir consacrer du temps à la recherche et pouvoir solliciter les points de vue du comité de rédaction d’Esse s’est révélé être une importante opportunité d’apprentissage.
Les autrices et leurs essais
Bibliographie
Réflexions zombies : après coup, corps en ruine (2025)
Audissino, E. (2024). The Rezort (2015): Zombies, Refugees and B Protocols. Cinémas, 30(3), 99–121. https://id.erudit.org/iderudit/1111122ar
Dubé, J. & Castañeda-Delgado, M. (2021). Cannibal Actif : le livre d’artiste comme seuil de rencontres matérielles. esse arts + opinions, (101), 38–47. https://id.erudit.org/iderudit/94819ac
Kong, C. (2016). L’animal de Fukushima. esse arts + opinions, (87), 40–47. https://id.erudit.org/iderudit/81638ac
Kramer, G. M. (2024). Bruce LaBruce on His Explicit Radical Cinema of Seduction, Otto; or, Up with Dead People, L.A. Zombie, and The Visitor. Monstrum, 7(1), 21–40. https://id.erudit.org/iderudit/1112931ar
Roy, M. (2016). I am in animal / L’animal émoi. esse arts + opinions, (87), 64–69. https://id.erudit.org/iderudit/81641ac
Privilégier la persistance non humaine (2025)
Boetzkes, A. (2010). Waste and the Sublime Landscape. RACAR : Revue d’art canadienne / Canadian Art Review, 35(1), 22–31. https://id.erudit.org/iderudit/1066799ar
Caruso, M. (2019). Conversing with Ghosts of the Previously Tamed. Espace, (121), 28–33. https://id.erudit.org/iderudit/89907ac
Williamson, A. (2014). Pre-demolition Art as a Staging of Power-free Relations / L’art avant démolition comme mise en scène de relations fondées sur la non-puissance. esse arts + opinions, (80), 10–19. https://id.erudit.org/iderudit/70968ac
Zhong, E. (2016). De l’art critique à l’art de la réconciliation : cohabiter avec les animaux non humains / From Critical Art to an Art of Reconciliation: Cohabitation with Non-Human Animals. esse arts + opinions, (87), 24–29. https://id.erudit.org/iderudit/81636ac