Dans cette édition de notre série « 5 questions avec », nous discutons avec Kristopher Woofter, éditeur en chef fondateur de la revue Monstrum, une revue dédiée à la publication d’essais sur l’horreur et autres recherches connexes.
Cette entrevue explore les origines de la revue, son approche éditoriale intégrant des contenus multimédias et les possibilités et les défis de la recherche interdisciplinaire sur l’horreur. Elle aborde également les retombées du financement du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) et les publications qui illustrent le mieux la mission de la revue.
1. La revue Monstrum est issue d’une communauté de chercheuses et chercheurs professionnels et amateurs basés à Montréal et à l’étranger. Comment cette communauté a-t-elle mené à la création de la revue ?
Monstrum a été fondée en 2018 par la Société Monstrum de Montréal (MMS), qui propose gratuitement des cours et des conférences à la communauté montréalaise. En tant que collectif, notre objectif était d’offrir aux chercheur·euse·s spécialisé·e·s dans les études sur l’horreur la possibilité de faire connaître leurs travaux à d’autres chercheur·euse·s et aux amateur·rice·s du genre. L’idée de créer une revue scientifique est née de la volonté d’offrir tant aux conférencier·ère·s de la MMS qu’aux chercheur·euse·s du monde entier la possibilité de développer leurs travaux en vue d’une publication, avec un accompagnement éditorial, dans un format en libre accès.
Un élément essentiel des conférences de la MMS et de la revue Monstrum réside dans notre engagement à accompagner les chercheurs et chercheuses en début de carrière. Bon nombre de nos conférencier·ère·s et auteur·e·s publié·e·s ont été des étudiants et étudiantes à différents niveaux d’études. Nous avons intégré les travaux d’étudiant·e·s de troisième cycle dans nos articles principaux et nous avons publié des étudiant·e·s de premier cycle et du CÉGEP dans notre « Forum étudiant ».
À mesure que la revue s’est imposée au sein de la communauté des études sur l’horreur, elle a également intégré un collectif de recherche financé par le FRQSC, le CORÉRISC (Collective for Research on Epistemologies and Ontologies of Embodied Risk). Après trois années de parution annuelle, cela nous a permis de passer à une parution semestrielle, en juin et en décembre. Depuis, notre communauté scientifique, nos collaborations et notre rayonnement ont considérablement évolué, même si notre équipe est toujours principalement basée à Montréal.
2. Monstrum a intégré des contenus multimédias dans ses publications. Quels sont les effets du recours à des formats autres que l’article universitaire traditionnel sur le processus éditorial et de production ?
Notre première incursion dans la publication d’essais vidéographiques a eu lieu dans notre numéro spécial de décembre 2022 (5.2) consacré à l’« horreur en format court ». Il a été suivi en décembre 2024 d’un numéro spécial (7.2) sur l’« horreur queer/ing », entièrement composé d’études vidéographiques. Nous avons travaillé en étroite collaboration avec les rédacteur·rice·s invité·e·s de ces numéros pour trouver des moyens permettant aux chercheurs et chercheuses artistes d’exposer leurs principes d’organisation, leurs préoccupations thématiques et leurs philosophies esthétiques, tout en laissant les œuvres parler d’elles-mêmes.
Une partie de ce processus de contextualisation a également consisté à mettre au point un format de présentation des commentaires des pairs évaluateurs permettant de souligner l’importance et l’originalité de ces contributions audiovisuelles innovantes à la recherche sur l’horreur. Le processus d’évaluation par les pairs a consisté à trouver des chercheurs et des chercheuses capables d’évaluer à la fois les qualités formelles de l’essai vidéographique et les concepts et thèmes explorés dans les œuvres. Cela a parfois nécessité de faire appel à des évaluateur·rice·s pouvant se concentrer explicitement soit sur la forme, soit sur le contenu. Notre idée n’était pas tant de considérer que, dans la recherche vidéographique, le contenu théorique ou analytique est d’une manière ou d’une autre plus dissocié de la forme qu’il ne le serait dans un texte écrit, mais plutôt que l’expérimentation audiovisuelle de la forme nécessitait parfois un commentaire à part entière de la part de spécialistes du métier.
Nous continuons à travailler à l’élaboration de bonnes pratiques pour le processus éditorial et la diffusion des œuvres multimédias. Nous suivons actuellement le modèle établi par des revues comme [in]Transition, où les travaux de recherche vidéographiques publiés sont accompagnés de déclarations des créateurs et créatrices, et de commentaires critiques formulés par des pairs.
Par ailleurs, la publication d’œuvres audiovisuelles pose des difficultés techniques importantes, car ces formats doivent être archivés sur une plateforme stable – dans notre cas, Vimeo –, afin de garantir leur disponibilité en ligne. Malgré ces difficultés, nous continuerons à soutenir les modes alternatifs de recherche, qu’ils soient textuels ou audiovisuels.
3. Quels sont les opportunités et les défis particuliers liés à la publication de travaux de recherche universitaires interdisciplinaires sur l’horreur et les domaines connexes ?
Pour nous, la plus grande opportunité a été la possibilité de collaborer avec des chercheuses et chercheurs novateurs, tant émergents que confirmés. C’est une chance unique que d’assister à une excellente présentation lors d’un colloque et de pouvoir offrir à ce chercheur ou à cette chercheuse la capacité de développer ses travaux en vue d’une publication évaluée par des pairs.
De plus, nous avons le plaisir de collaborer depuis 2021 avec le groupe d’intérêt scientifique « Horror Studies » de la Society for Cinema and Media Studies (SCMS) en participant au jury de leur prix pour le meilleur essai étudiant ; l’essai gagnant reçoit un montant versé par Monstrum et est publié dans la revue. À elle seule, cette collaboration nous a permis de soutenir les travaux de recherche scientifique de neuf jeunes chercheurs et chercheuses au cours des cinq dernières années.
Notre principal défi a consisté à trouver comment promouvoir la revue auprès d’un lectorat aussi large que possible. Au cours des trois premières années, Monstrum comptait un seul rédacteur en chef qui assumait l’ensemble des tâches : évaluer les soumissions, coordonner le processus d’évaluation par les pairs, effectuer la révision éditoriale interne, la mise en page et la mise en ligne des essais, ainsi que la gestion du site Web. Cela ne laissait que peu de temps à consacrer à la promotion, qui s’est donc limitée aux réseaux sociaux. Nous disposons désormais d’une équipe de cinq rédacteurs et rédactrices bénévoles, ce qui allège considérablement la charge éditoriale et nous permet de consacrer davantage de temps à la recherche de canaux de promotion.
Notre prochain projet majeur consistera à migrer vers une nouvelle plateforme d’hébergement Web pour faciliter le processus éditorial et de production. Nous prévoyons également d’intégrer de nouveaux étudiants et étudiantes au sein de l’équipe éditoriale pour renforcer le soutien éditorial et promotionnel.
4. Monstrum a récemment bénéficié d’une aide financière du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH). Qu’est-ce que ce financement permettra à la revue de réaliser, qui aurait autrement été difficile à mettre en œuvre ?
Le soutien généreux apporté par la subvention d’aide aux revues savantes du CRSH aura des répercussions considérables sur la portée de Monstrum, sur son soutien à la recherche scientifique originale et sur ses objectifs en matière de mentorat. De plus, cela nous permet de proposer des postes rémunérés à des étudiant·e·s et à des chercheur·euse·s indépendant·e·s.
Nous avons recruté une personne aux études de deuxième cycle comme auxiliaire à la rédaction, ainsi qu’une autre aux études de troisième cycle pour prendre en charge la rédaction en chef. Nous avons aussi créé de nouveaux postes qui feront de la revue un acteur novateur dans le domaine de la recherche sur l’horreur, notamment un poste d’assistant·e de traduction scientifique et un poste d’assistant·e de développement de la recherche. Ces deux fonctions sont conçues pour offrir aux étudiants et étudiantes de deuxième cycle l’occasion de mener un projet qui leur permettra de développer leurs compétences et de contribuer à la recherche originale en produisant un essai de fond ou un dossier destiné à être publié dans Monstrum.
Ce financement nous permettra également de poursuivre notre collaboration avec des chercheurs et chercheuses de premier cycle et de niveau collégial, et d’améliorer notre soutien à la recherche multimédia.
5. Quels articles ou numéros, selon vous, illustrent particulièrement bien ce que Monstrum cherche à accomplir comme revue ?
En plus des numéros consacrés à des travaux de recherche vidéographiques originaux (décembre 2022, 5.2, et décembre 2024, 7.2), Monstrum a publié un dossier spécial réalisé sous la direction d’invité·e·s sur le thème « L’horreur russe, biélorusse et yakoute » (juin 2023, 6.1), qui comprenait des traductions originales d’études russes consacrées à l’horreur.
Nous avons publié des interviews approfondies avec les créateurs et créatrices de festivals de films d’horreur uniques, comme l’Africa International Film Festival et le Blood in the Snow Film Festival (décembre 2022, 5.2), ainsi qu’une entrevue avec le cinéaste canadien controversé Bruce LaBruce (juin 2024, 7.1).
Nous souhaitons également attirer l’attention des lectrices et lecteurs potentiels sur les excellents numéros spéciaux dirigés par des invité·e·s consacrés à l’héritage de la série Supernatural (septembre 2020 / janvier 2021, 3.1 / 3.2), un numéro unique qui a dû être scindé en deux en raison du retard pris dans la production des derniers épisodes de la série à cause de la COVID-19 ; sur « L’horreur du véganisme et de la libération animale » (décembre 2025, 8.2), qui comprenait des œuvres de fiction originales ; ainsi que sur notre dernier numéro spécial (juin 2026, 9.1), une analyse approfondie de l’héritage de la franchise The Omen, publié cinquante ans jour pour jour après la sortie du film.
À l’occasion du dixième anniversaire de notre publication, qui approche à grands pas, nous sommes enthousiastes à l’idée d’aborder des sujets tout aussi passionnants, en préparant notamment un numéro spécial sous la direction d’une personne invitée qui portera sur l’horreur chez les jeunes, tous médias confondus.
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Consultez les autres entrevues de la série « 5 questions avec… ».








