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Deux nouvelles bibliothèques partenaires du POA pour 2026

Érudit se réjouit d’accueillir deux nouvelles bibliothèques partenaires, la KU Leuven et l’UiT – The Arctic University of Norway, au sein du Partenariat pour le libre accès (POA) pour l’année 2026. Afin de souligner cette occasion, nous avons posé quelques questions à Demmy Verbeke, responsable de l’équipe Artes aux bibliothèques de la KU Leuven, et à Per Pippin Aspaas, bibliothécaire en chef à l’UiT. Nous voulions savoir comment leur participation au POA reflète l’engagement de leurs établissements envers le libre accès et la science ouverte.

1. Parlez-nous un peu de la manière dont vos bibliothèques investissent dans le libre accès et de l’évolution de cette tendance au fil des ans.

Demmy Verbeke (DV) : En 2018, les bibliothèques de la KU Leuven ont décidé d’investir dans des modèles de publication ouverts, parallèlement à l’ensemble de nos travaux sur le libre accès « vert ». Nous avons toutefois choisi de concentrer nos investissements sur des initiatives à but non lucratif et conformes à nos valeurs. Cette décision a été prise non seulement parce que nous estimions que ces investissements méritaient qu’on leur accorde la priorité, mais aussi parce que nous jugions nécessaire de préserver la diversité (tant sur le plan des modèles économiques que des communautés savantes visées) et d’encourager l’innovation dans le domaine de la communication savante. En conséquence, nous soutenons non seulement les contenus en libre accès en tant que tels (revues, livres, éditeurs et plateformes de libre accès), mais aussi des infrastructures et des initiatives comme DOAB/OAPEN ou PeerCommunityIn.

Per Pippin Aspaas (PPA) : Depuis 2003, la bibliothèque de l’UiT gère une plateforme basée sur OJS destinée à des revues et séries évaluées par des pairs. Elle offre un soutien concret à la publication de ces revues, qui sont toutes disponibles en libre accès diamant et qui sont étroitement liées à l’UiT. Nous gérons également depuis plusieurs années un dépôt institutionnel pour le libre accès « vert ». Les manuscrits acceptés par les auteurs, les mémoires de maîtrise et les thèses de doctorat, ainsi que d’autres productions, sont tous conservés dans ce dépôt géré par le personnel de la bibliothèque. Tout cela relève de la prestation de services institutionnels traditionnels… Mais nous nous sommes demandé : « Est-ce que cela suffit ? » Au fil des ans, une part très modeste de notre budget d’acquisition de documents a été consacrée à des dons volontaires à des plateformes internationales et à d’autres infrastructures pour le libre accès diamant, comme Open Library of Humanities, SciPost, Open Book Collective et DOAJ. Aujourd’hui, devant l’intérêt grandissant pour le libre accès diamant, nous multiplions ces engagements.

2. Comment parvenez- vous à obtenir l’appui de votre établissement pour investir dans le libre accès ? Quelles résistances rencontrez- vous ? D’après votre expérience, qu’est-ce qui aide à convaincre vos collègues réticent·e·s ou sceptiques ?

PPA : Lorsque nous avons décidé d’augmenter notre investissement dans le libre accès diamant, nous avons dû élaborer une stratégie reposant sur trois éléments : les orientations nationales, la situation budgétaire et les statistiques en matière de publication. Il existe en Norvège une stratégie nationale pour la publication de travaux de recherche qui désigne le libre accès diamant comme un secteur nécessitant un soutien accru. Les coûteux accords de lecture et de publication conclus avec les grands éditeurs commerciaux constituent un obstacle à cet investissement tant attendu. Toutefois, au début de l’année 2025, il est apparu clairement que l’entente avec Wiley serait résiliée et que celle avec Elsevier serait conclue avec une réduction des coûts de 25 %. Ces changements ont permis au comité des acquisitions de notre établissement de disposer de ressources considérables pour investir dans le libre accès diamant. En ce qui concerne les données de publication, nous disposons d’un système CRIS pour suivre les tendances en matière de publication des chercheurs affiliés aux différents établissements du pays. Les habitudes de publication de nos chercheurs révèlent que 6 % d’entre eux utilisent des plateformes en libre accès diamant. Par conséquent, le comité des acquisitions, avec le soutien unanime du comité directeur de la bibliothèque, a choisi d’affecter désormais au moins 6 % de notre budget au libre accès diamant.

DV : Nous avons la chance de bénéficier d’un financement récurrent provenant d’un fonds dédié de la KU Leuven consacré au libre accès équitable. Créé en 2018, ce fonds est administré par la bibliothèque et doit être exclusivement consacré à des investissements en libre accès. Plus récemment, les départements spécialisés de la bibliothèque réaffectent également une petite partie de leur budget consacré aux collections, traditionnellement alloué à des ressources payantes, à des investissements dans le libre accès. Le rythme et l’ampleur de ces réaffectations varient toutefois en fonction des particularités des disciplines en matière de choix des collections. Mais la plupart de nos collègues sont rapidement convaincus quand ils découvrent tout ce que nous pouvons accomplir en réévaluant les priorités budgétaires, ne serait-ce que pour une fraction du budget total, et lorsqu’ils constatent que l’objectif principal est de redonner aux auteurs universitaires le contrôle sur la diffusion de leurs propres travaux.

3. Quel aspect du POA vous a convaincu qu’il s’agissait d’un investissement intéressant ?

PPA : Même un établissement favorable au modèle de libre accès diamant dans un pays à revenu élevé comme la Norvège ne peut pas soutenir toutes les initiatives existantes. Lorsque nous établissons nos priorités, nous privilégions les initiatives à but non lucratif qui correspondent au profil de recherche et d’enseignement de l’UiT. En tant qu’université arctique, il était naturel pour nous de considérer comme pertinente une initiative canadienne de libre accès diamant. Le comité des acquisitions, dont je suis membre, a examiné les données de publication des revues affiliées à Érudit et a immédiatement été convaincu que le portefeuille d’Érudit présentait un intérêt pour nos chercheurs et pour nos étudiants, non seulement pour la lecture, mais aussi pour la publication.

DV : Nous sommes constamment à la recherche d’initiatives à but non lucratif qui partagent nos valeurs dans le domaine de la communication savante afin de les soutenir. Nous établissons ensuite nos priorités en fonction de nos limites budgétaires et de l’intérêt pour les universitaires affiliés à la KU Leuven. Plusieurs membres du corps professoral nous avaient demandé d’examiner les possibilités offertes par Érudit, et il est rapidement apparu que cette collection couvrait de nombreuses disciplines intéressantes pour nos chercheurs et nos étudiants.

4. Selon vous, comment le leadership d’établissements comme l’UiT et la KU Leuven influence-t-il l’engagement des bibliothèques en faveur du libre accès et de la science ouverte ?

DV : Partout dans le monde, un grand nombre de bibliothèques de recherche ont du mal non seulement à équilibrer leur budget, mais aussi à déterminer dans quoi investir. Nous essayons tous de trouver notre voie dans un contexte où la plupart s’entendent pour dire qu’allouer le budget de la bibliothèque à des ressources payantes est une solution de moins en moins viable, mais où l’on ne sait pas encore très bien vers quoi réorienter nos investissements. J’espère que les bibliothèques de la KU Leuven pourront stimuler des échanges sur les priorités en matière d’investissement et sur la meilleure façon de servir les établissements, les chercheurs et les étudiants qui comptent sur nous pour prendre des décisions éclairées. J’espère également, d’un point de vue très concret, que nous pourrons aider d’autres bibliothèques à déterminer dans quoi investir en faisant preuve de transparence quant à la manière dont nous dépensons notre argent.

PPA : Comme dans tout autre secteur, les bibliothécaires spécialisés dans la recherche s’intéressent constamment à ce que font leurs collègues. Pour être honnête, nous sommes les premiers en Norvège à appliquer le concept « 6 % diamant = 6 % d’investissement ». Mais nous ne sommes pas les premiers en Europe à créer un fonds spécifique pour le libre accès diamant. Les mesures concrètes prises à l’Université de Lorraine, en France, et dans plusieurs établissements aux Pays-Bas nous ont beaucoup inspirés. Ce qui nous motive dans notre travail, ce n’est pas la volonté d’être les premiers ou les meilleurs. Je préfère nous voir, nous les bibliothécaires universitaires engagés dans le soutien au libre accès diamant, comme les hobbits décrits par J.R.R. Tolkien dans Le Seigneur des Anneaux : « La route doit être suivie, mais elle sera très difficile. Et ni la force ni la sagesse ne nous y mèneront loin. Cette quête peut être tentée par les faibles avec autant d’espoir que les forts. Pourtant, tel est souvent le cours des actes qui font tourner les roues du monde : de petites mains les accomplissent parce qu’elles le doivent, tandis que les yeux des grands sont ailleurs. »

Le POA : soutenir un libre accès équitable

Le Partenariat pour le libre accès (POA)
 favorise l’essor de la publication en libre
accès au Canada.

Le POA assure un soutien financier aux revues savantes non commerciales grâce à l’engagement continu des bibliothèques
partenaires. Il repose sur une étroite collaboration entre tous les acteurs de l’écosystème de la recherche.

S’inscrivant dans le mouvement du libre accès diamant, le POA construit une voie collective équitable et forte pour la diffusion des savoirs.

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